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mardi 17 juin 2014 à 19h

Une nouvelle politique des communs ?

Si le communisme - la chose comme le nom - pouvait sembler avoir perdu tout son crédit après la chute du mur de Berlin, connaissant une éclipse durable au plan de la circulation des idées dans le champ politique, il est frappant de constater, depuis cinq ou six ans peut-être, la résurgence de projets concernant une économie politique des communs, une politique et une société des communs, voire une « révolution du XXIe siècle » portée par les « communs » (voir le dernier livre de Dardot et Laval, Commun, aux éditions La Découverte).

De quoi parle-t-on lorsqu'on évoque les « communs » ? S'agit-il d'objets bien délimités dans notre environnement naturel, social et politique, qui ne peuvent - ou ne doivent, la nuance est de taille - faire l'objet d'aucune appropriation exclusive ? Dont la circulation ne peut être soumise à aucun régime marchand ? Ou bien, d'un point de vue moins substantialiste, d'un terme qui cherche à redéfinir ce qu'on appelait plus classiquement « le bien commun », « l'intérêt collectif » ou « général » - termes eux-mêmes soumis à des interprétations différentes ? Doit-on associer au « commun » (ou aux « communs ») une anthropologie spécifique, que nos sociétés contemporaines auraient depuis longtemps recouverte ou négligée ? Ou bien, au contraire, le recours au commun se décline-t-il dans des termes propres aux individus modernes que nous sommes, bon gré, mal gré, devenus ? Ces questions, on le voit, ont une portée à la fois historique, anthropologique et politique.

Historique, car il semble que l'organisation traditionnelle de nos sociétés a longtemps reposé sur des modes d'usages mi-particuliers mi-collectifs, de biens considérés comme communs, parfois même comme sacrés : les travaux d'E. P. Thompson ont mis en lumière cet aspect de l'organisation ancienne de nos sociétés, notamment à travers son étude de l'économie morale du peuple, ou bien encore avec ses écrits sur la guerre des forêts, tout récemment traduits en français (éditions La Découverte, 2013). La patiente étude de Polanyi, La Grande Transformation, décrivait elle aussi, dès 1944, le processus d'abandon d'un rapport « communal » aux choses.

Anthropologique, car une deuxième façon d'interroger l'individualisme possessif caractéristique de nos sociétés modernes a consisté à tourner le regard sur la manière de faire société dans les mondes extra-européens. Depuis Mauss et l'Essai sur le don jusqu'aux travaux, qui engagent une réflexion critique sur le sujet, de Christophe Darmangeat (Le communisme primitif n'est plus ce qu'il était - aux origines de l'oppression des femmes, Toulouse, Smolny, 2e éd. remaniée, 2012), c'est toute une tradition qui travaille l'anthropologie du commun.

Politique, enfin, car la crise climatique, s'invitant - certes, encore timidement - dans les processus de décision, a transformé nos manières de considérer la « tragédie des communs » (selon l'expression de Hardin), pour valoriser, au contraire, un « gouvernement des communs », selon la formule d'Elinor Ostrom.

Mais qu'entend-on par-là ? C'est peut-être parce que les termes de « commun » ou « communs » laissent le plus souvent ouvertes les modalités de régulation, d'appropriation et d'usage, permettant des agencements (de droits de propriété notamment) complexes, qu'un tel lexique a pu se substituer au traditionnel communisme. Que recouvre le terme de « commun(s) » ? Quelles pratiques, mais aussi quelles visions de l'homme et de la société ? En quoi l'idée et la chose se distinguent-elles de théories et de pratiques « communistes » ?

Ce sont ces questions que nous voulons soulever lors de cette dernière séance du séminaire 2013/2014, autour de trois intervenants.

Les invité-es :

  • François Flahault, philosophe et anthropologue, directeur de recherches émérite au CNRS, a travaillé sur la question des communs et a publié, en 2011, Où est passé le bien commun ? (éditions Mille et Une Nuits),
  • Bernard Hours est anthropologue, directeur de recherches à l'Institut de Recherche sur le Développement, et l'auteur, avec Monique Sélim, d'une Anthropologie politique de la globalisation (L'Harmattan, 2010),
  • Anne Le Strat a soutenu une thèse sur « L'eau comme enjeu dans le conflit israélo-palestinien : une ressource commune, des représentations différentes, des intérêts en confrontation » ; engagée d'abord en politique chez les Verts, et adjointe au maire de Paris de 2001 à 2014, elle a conçu et dirigé à ce titre la réforme du service de l'eau à Paris, passé en régie municipale sous le nom d'« Eau de Paris », dont elle a assuré jusque-là la présidence. Elle a coordonné un ouvrage collectif de la Fondation Copernic, Manifestes pour l'eau publique (2008, Syllepse).

L'équipe du Séminaire Copernic (Vincent Bourdeau, Caroline Guibet Lafaye, Pierre Khalfa, Noé Leblanc, Claire Le Strat, Olivier Michel, Willy Pelletier, Anna Zielinska).

Lien : https://paris.demosphere.eu/rv/34164
Source : http://www.fondation-copernic.org/spip.php?ar
Source : message reçu le 13 juin 16h

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