thème : écologie
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lundi 27 mars 2017 à 20h30

Au pays du nucléaire

A l'occasion du triste anniversaire de la double catastrophe de Tchernobyl ( 26 avril 1986 ) et Fukushima ( 11 mars 2011 ), séance unique le lundi 27 mars à 20h30 à Utopia Saint-Ouen proposée par Europe Ecologie les Verts Cergy, en présence de

  • la réalisatrice Esther Hoffenberg,
  • Marc Denis, Docteur en Sciences Physiques, membre du Groupement de Scientifiques pour l'Information sur l'Énergie Nucléaire.

Soirée soutenue par le Parti de Gauche, le NPA, les Amis de la Confédération Paysanne

Au pays du nucléaire

Esther Hoffenberg - documentaire France 2009 1h14mn -

Sauvage, préservée des constructions du monde moderne, la péninsule de La Hague, bordée par la Manche, a l'allure d'un sanctuaire paradisiaque. Bruyères, valons et vents lui donnent un air de "petite Irlande". Sauf que la carte postale cache un vice : cette région est la plus nucléarisée de toute la planète ! Analysé dès 1989 par l'ethnologue Françoise Zonabend dans La Presqu'île au nucléaire, l'équilibre économique et social des communes dépend de l'activité d'Areva - notamment de celle de son usine de retraitement, la plus grande au monde.

Les installations ont beau polluer et avoir, selon leurs détracteurs, des effets néfastes sur la santé (cancers de la tyroïde, leucémies chez les enfants…), elles font partie du paysage, au même titre que les rochers de granit sur lesquels s'écrase la Manche déchaînée. Le nucléaire a cessé, lui, de déchaîner les foules : tout le monde ou presque l'accepte, tant il fait vivre la région (emplois, ressources fiscales…). Il la soutient comme la corde le pendu. C'est ce paradoxe entre la prospérité d'un paysage géographique et l'effroi sourd qui l'agite souterrainement qu'interroge Esther Offenberg dans un documentaire magnétique comme une onde.

Entre le format d'une pure enquête journalistique et l'errance d'une voyageuse contemplative, elle invente un récit hybride et passionnant qui pose au fond la question ultime et tabou en France : que penser de la place centrale et non discutée du nucléaire dans l'industrie énergétique hexagonale ? Comment vivre avec le risque d'accident ? Comment gérer le problème des déchets, qui se posera aux générations futures ? Que deviendront les 17 000 tonnes de plomb et la centaine de kilos de plutonium qui reposent sous terre dans des centres de stockage ? Comment expliquer la contradiction entre la nécessité, suggérée par le récent Grenelle de l'environnement, d'inventer des énergies alternatives non polluantes et la décision prise en 2007 de construire un réacteur EPR à Flamanville ? Ces questions nourrissent la réflexion de la réalisatrice, ouverte à toutes les voix concernées (les habitants, les maires, les responsables d'Areva, les militants écologistes, les scientifiques critiques comme la physicienne nucléaire Monique Sené, les enseignants impliqués…).

Précise dans la formulation de ses doutes et de ses inquiétudes, sans pour autant adopter le ton d'un manifeste apocalyptique, Esther Offenberg puise dans l'espace exigu du territoire exploré la matière (radioactive) d'un questionnement intime et politique. L'échelle géographique densifiée de son déplacement offre l'espace d'une réflexion étendue, par-delà les frontières du Cotentin. Alors qu'un pays comme l'Allemagne s'est engagé dans la sortie du nucléaire, la France, soumise à la puissance de son lobby, dans une absence de transparence (antidémocratique), persévère dans son choix de s'y enfoncer (et les déchets avec).

A la manière de Gulliver parti pour un voyage étrange, Esther Offenberg révèle l'absurdité de cette politique publique (mais tenue secrète) : le cœur du réacteur n'est pas prêt de s'arrêter de battre.

Jean-Marie Durand, Les Inrockuptibles

AU PAYS DU NUCLÉAIRE

Lien : https://paris.demosphere.eu/rv/53423
Source : http://www.cinemas-utopia.org/saintouen/index...

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