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mardi 25 avril 2017 à 20h30

Projection débat « De Hiroshima à Fukushima »

A nous de continuer le combat du Dr Hida

Le docteur Shuntaro Hida, qui a vécu deux catastrophes nucléaires, le bombardement sur Hiroshima, en août 1945, et l'accident -nucléaire de Fukushima, en mars 2011, est mort, le 20 mars, à Kawaguchi, au Japon. Il venait d'avoir 100 ans.

Exceptionnelle destinée que celle de cet homme frêle et chaleureux, irradié à Hiroshima, qui soigna les victimes puis, en dépit de son.grand âge, essaya, plus d'un demi-siècle plus tard, d'aider celles de la centrale de Fukushima. Son expérience à Hiroshima avait nourri chez lui une défiance -enracinée à l'égard des pouvoirs publics, et il resta toute sa vie à l'affût de la désinformation, -dénonçant l'omerta régnant sur les -ravages de l'atome.

Né à Hiroshima le 1er janvier 1917, descendant d'une vieille famille du département de Gifu, Shuntaro Hida se lança dans les études de médecine contre la volonté de son père, qui souhaitait le voir devenir architecte. Incorporé dans l'armée en 1942, il termina ses études à l'école de médecine militaire. Puis, en 1944, il fut affecté à l'hôpital militaire d'Hiroshima. Il avait 27 ans.

Mal obscur

La veille du bombardement, il était parti en urgence pour soigner un enfant et, le matin du 6 août, il se trouvait dans ce village protégé par les montagnes -situé à 7 kilomètres de la ville. " Il y eut un éclair fulgurant, puis, le toit a été balayé et je me suis senti voler à travers la maison. J'ai vu le plafond s'ouvrir sous mes yeux et j'ai été propulsé contre le mur ", raconte-t-il dans un témoignage émouvant, terrifiant parfois, recueilli par le cinéaste Marc Petit-jean (De Hiroshima à Fukushima. Le combat du Dr Hida face aux -ravages dissimulés du nucléaire, Albin Michel, 2015), qui lui a -consacré également un documentaire en 2014 (De Hiroshima à Fukushima. Portrait du Dr Hida). Shuntaro Hida racontait l'horreur des semaines, des mois et des années qui suivirent le bombardement. Il rappelait le désarroi des médecins devant le mal obscur dont souffraient les victimes, et l'abandon dont celles-ci furent l'objet jusqu'au début des années 1950 : en 1946, les Etats-Unis créèrent une commission d'évaluation des dégâts de la bombe atomique (Atomic Bomb Casuality Commission, ABCC).

Beaucoup de victimes s'y présentèrent spontanément. Les médecins militaires américains les examinaient et faisaient des prélèvements, mais ne les soignaient pas plus qu'ils ne communiquaient les résultats de leurs examens aux médecins japonais : les irradiés étaient des cobayes, et les effets de la bombe un secret d'Etat. Pour eux, " la guerre ne s'est pas terminée le 15 août 1945 comme pour les autres Japonais, rappelait le docteur Hida. Ils ont continué pendant des décennies à souffrir des conséquences physiques et morales de la bombe atomique. " Au début des années 1970, il établit que les radiations à faible intensité n'en étaient pas moins à l'origine de cancers et d'une fatigue chronique (bura-bura).

Inscrit au Parti communiste en 1948, il participa à la création de coopératives médicales prenant en charge les plus démunis. Il passa le reste de sa vie à soigner, à être à l'écoute des victimes et à témoigner pour essayer d'éveiller les consciences par des conférences à travers le Japon et dans une trentaine de pays.

Au crépuscule de sa vie, il avait reporté son empathie pour les victimes d'Hiroshima sur celles de l'accident de Fukushima. " Je me prépare à voir dans quelques années l'apparition de maladies comme à Hiroshima et à Nagasaki. C'est insensé de dire qu'il ne faut pas s'inquiéter, disait-il à Marc Petitjean. Pour certains irradiés à Hiroshima, les symptômes sont apparus dix ans, vingt ans après le bombardement, alors que l'on pensait que la page avait été tournée. " Il essayait aussi de redonner confiance aux victimes évacuées du plus grave accident nucléaire depuis Tchernobyl, -souvent partagées entre les assurances martelées par les pouvoirs -publics et les craintes pour elles-mêmes et leurs enfants en re-tournant dans les régions supposées décontaminées.

Toute sa vie, le docteur Hida s'est employé par son témoignage à faire valoir les droits des victimes : « Le premier des droits de l'homme, c'est le droit de vivre ", répétait-il. Un message à méditer.

Philippe Pons (Le Monde)

Autre témoignage du Dr Hida : https://www.dissident-media.org/inf...

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Lien : https://paris.demosphere.eu/rv/54320
Source : http://bellaciao.org/fr/spip.php?article15385...

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